Le saut du tigre dans le passé

Tigersprung

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Fondée autour d’un atelier expérimental mené dans un conservatoire parisien, la compagnie le saut du tigre dans le passé emprunte son nom au travail de Walter Benjamin sur le concept d’histoire. Cette expression qualifie l’irruption révolutionnaire, et balaie « d’un même coup de griffes passé et présent, pour les révéler enfin, peut-être, à leur même disponibilité ».

L’histoire est l’objet d’une construction dont le lieu n’est pas le temps homogène et vide, mais le temps saturé d’à présent.

Ainsi, pour Robespierre, la Rome antique était un passé chargé d’à présent, qu’il arrachait au continuum de l’histoire. La Révolution française se comprenait comme une seconde Rome. Elle citait l’ancienne Rome exactement comme la mode cite un costume d’autrefois. La mode sait flairer l’actuel, si profondément qu’elle se niche dans les fourrés de l’autrefois.

Elle est le saut du tigre dans le passé.

Walter Benjamin
Sur le concept d’histoire, XIV, 1942

Le discours traditionnel de l’historien se construit en suivant une ligne temporelle. C’est l’histoire linéaire que nous connaissons et qui circule du passé vers le présent selon une ligne droite.

L’invention de Walter Benjamin consiste à briser la ligne du temps. Il imagine une autre temporalité historique, comme si l’histoire pouvait s’écrire par constellations.

L’enjeu pour l’historien serait de voir ce qui, dans notre situation présente, fait appel à des situations passées.

Benjamin appelle cela le saut du tigre : sauter par dessus tout ce qui ne nous concerne pas.

Essayer d’avoir un regard très attentif dans le présent pour percevoir les signes qui pourraient faire appel à une situation passée. Dans tout : situations et objets du quotidien, discours, événements politiques, etc.

Alors, on se rendrait compte qu’il y a des constellations historiques.

Des étoiles dans le temps qui s’appellent les unes les autres et qui forment une constellation.

Dans la constellation apparaît une étoile, celle dont je me souviens.

Voyons comment les révolutionnaires russes de 1917 se sont souvenus de la Commune de Paris. Comment les communards se souvenaient de la troisième guerre servile et de Spartacus. C’est peut-être la grande constellation révolutionnaire.

N’avons-nous pas quelque chose d’une constellation, nous aussi ?